Lettres à un Kosovar

 

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Ce n'est pas fini

Il est de retour. Tu le sais, tu l’as vu. Un mois et demi supplémentaire à Paris ne t’aura servi à rien. Il te faut partir, plus loin, plus longtemps, définitivement. Tu ne pourras pas supporter à court terme d'être dans la même ville que lui, qu’eux. Ton suivi psychiatrique est infaisable puisque tu pars le plus souvent possible.

Il y a une semaine, tu as assisté au pire, aussi tant est que pire soit possible en ces provinces : tu l’as vu baiser un autre. Tu n’es pas jaloux, non, cela n’a rien à voir. La jalousie c’est avoir peur de perdre quelque chose qui nous est acquis, c’est craindre de manière disproportionnée une perte, probable, toujours, mais pas assurée. Mais là ? Que dire puisqu’il est perdu ? Et y a-t-il de la jalousie dans une relation perverse ? La jalousie ? Mais tu es tellement au-delà de ce petit péché capital, puisque c’est tout ton être qui est abîmé.

Beaucoup de choses ont bougées en faisant du surplace : tu as vu un des grands responsables du Parti socialiste local qui t’en a appris un peu plus. Comme tu pouvais l’imaginer, ton Kosovar n’est pas tout à fait ce qu’il prétend être. Mais est-ce sain de vouloir encore savoir ? Savoir quoi ? Apprendre quoi de plus que tu ne saches déjà ? Tu en sais déjà assez et trop. On ne te dira rien de plus. Tu as écrit une lettre à un autre responsable, qui t’avait promis de précieuses informations, sans nommer personne, tu n’as reçu aucune réponse… Et il détourne le regard de toi quand vous vous croisez dans la rue. L’actif du PS, adjoint dans l’équipe municipale, lors d’un raout dans les salons de la Mairie t’a clairement dit que « pour eux, désormais, l’affaire était enterrée ». Même s’ils ne L’ont pas protégé, ils ont été obligé de le faire, pour se protéger eux-mêmes.

Et puis tu Lui as parlé.

Dans la nuit du samedi 4 juillet, tu lui as parlé. Tu as pu t’approcher de Lui, il t’a rejeté cinq ou six fois, avec violences mais sans menaces (il sait, désormais, qu’il ne doit pas te toucher comme ça) mais vous avez parlé. Tu n’as rien appris que tu ne savais déjà : il ne t’en veut pas, non, il ne t’en veut plus. Il aurait pu te faire du mal mais il y a renoncé. En revanche, il sait où tu habites. Ce ne sont pas des menaces, plutôt des intimidations. Il a agité les clés du Palais devant toi en riant, te disant qu’on t’avait berné, qu’il connaissait le Prince depuis si longtemps, depuis tant d’années qu’il avait encore droit à sa petite chambre au Palais. Ça t’a fait mal. Bluffait-il ? Tu n’existes simplement plus pour lui. Et c’est comme ça qu’il sait qu’il te fait le plus souffrir. Tu as imploré son pardon (un comble), tu lui as dit que depuis ce 29 septembre tu étais en enfer. Il t’a dit qu’il n’en avait rien à foutre, que le mal que tu lui avais fait était « irréversible ».

Le grand responsable, le lendemain, t’informait qu’il les avait vus, Lui et le Prince, au restaurant, plusieurs fois. En revanche, il t’informera que Bajuk n’est pas un Réfugié de fraîche date, que sa famille fait partie des nombreuses familles réfugiées en France depuis quinze ans, qu’elle s’est installée dans une commune avoisinant la Préfecture où tu habites, commune dont le Prince… est le Maire. Il t’apprendra aussi que Bajuk fut élève du Prince, qu’il était à l’école sous sa responsabilité. L’un des secrets de leur relation : des amis de longue date. Si ça se trouve, pédés tous les deux, ils n’ont jamais couché ensemble… Même ça on ne te l’épargnera pas. Bajuk confirme, la veille, en te disant qu’ils se connaissent depuis quinze ans, que le Prince est un ami de son propre père… Un père, une mère… Où est la famille massacrée ? Le grand responsable te dira qu’il n’a jamais entendu parler de massacre. Les réfugiés ne sont jamais de pauvres gens, souvent. Peut-être le père de Bajuk était-il diplomate. Tu étais surpris qu’il parle si bien français s’il n’était en France que depuis trois ans, selon ses propres dires. Quinze ans, voilà qui devient plus probable. Et pas de massacre. Mais à quoi cela t’avance-t-il ? Un autre te dira que si cette famille est en France depuis quinze ans, une mère (albanaise ?) ne saurait accepter que son fils, mineur au moment du conflit, reparte de France pour s'enrôler là-bas, au Kosovo. Les hypothèses de ton capitaine de gendarmerie se confirment. Bajuk ment. Bajuk te dit, ce samedi-là, que tu étais un ami pour lui et que tu l’as trahi en parlant à son cousin. Il fait glisser doucement la responsabilité de votre « rupture » sur cette rencontre avec ce cousin alors que tu n’aurais jamais eu ce geste calamiteux s’il ne t’avait pas tant blessé, avant, s’il n'y avait as eu Pinochou… Tu parles de Pinochou, du reste, de tes fractures, du caractère du personnage. Bajuk te dit qu’il est « gentil », que c’est un ami, « comme ça », qu’ils ont baisé deux fois ensembles et qu’il se contente de l’accompagner de temps en temps à son travail. Un dragueur du jardin, quant à lui, te confirme que Bajuk travaille bien dans une laverie automobile (tu le savais) alors que, le soir même, Bajuk drague un jeune en faisant valoir, encore, qu’il est « secrétaire du Prince »… A toi, il te dira qu’il a « le bras long », clefs du Palais agitées sous ton nez, et l’enlisement des enquêtes aurait tendance à te le faire croire. Il ajoute qu’il a des contacts partout, des centaines de mecs dans les autres villes, qui ne l’ont jamais trahi, eux.

Et tu t’accroches encore. Tu n’aurais jamais cru que l’addiction à la chair, au sexe d’un homme fut si violente. Tu ne ressens plus aucun plaisir avec les autres hommes. Ta brève énergie retrouvée au moment de l’espoir de traîner Pinochou dans la boue s’est éteinte. Et tu cherches, et tu courres. Tu as perdu le sommeil, ton précieux sommeil. Tu te réveilles chaque matin avec une crise d’angoisse ; tu te couches chaque soir avec l’espoir de le voir marcher ses mains dans les poches au jardin. Te voici récompensé. Avant la rencontre du Samedi, tu l’aperçois, de loin, il se croit seul, avec la jeune proie qu’il a trouvé pour la nuit.

Et tu les vois. Et tu les entends.

La jeune proie hurle à la mort, pleure sa mère sous les coups de reins de ton bourreau. C’est interminable, c’est d’une hallucinante violence. Bajuk le prend par derrière, jambes écartées, à son habitude, l’autre à peine accroché à un arbre, poussant des cris, se faisant proprement défoncer le cul, pendant une demie heure. Bajuk le frappe, sur les fesses, sur la tête, grogne des insanités. L’autre pleure, chiale, gémit, hurle des « oui, oui ! » de bonheur. Il ne se tient plus. Tu te tords de douleur derrière ton buisson. Plus jamais, jamais tu n’auras droit à ça. Cette promesse faite qu’il t’enculerait, la voici tenue pour un autre.

Le samedi suivant, il t’avouera presque son mode opératoire en riant : il n’y a aucune attache avec les hommes, il en a cinq cents dans toutes les villes, il sait qui sera là pour lui. Il les baise. Comme c’est un dieu, rien ni personne ne lui résiste. Il vient ou non à ses rendez-vous. Il s'en fout royalement. Son épanouissement sexuel est total. Et ça se voit. Et tu l’as vu. Dès le premier jour, sur sa tête, dans ses yeux.

Il éclate de rire avant de reprendre son petit air d’enfant triste et te répéter que le mal que tu lui as fait en parlant à son cousin est irréversible. Que tu as bien essayé de continuer à lui nuire en portant plainte mais que, tu vois, ça n’a pas marché. « Jamais, jamais nous ne serons amis, jamais, plus jamais nous ne serons amants ». Il n’a aucune parole pour rien ni personne mais tu sais que celle-ci, il l’a tiendra et tu recommences à chialer, des pleurs de rage, des pleurs d’impuissance, des pleurs de fiotte.

Il ne te reste que son image.

Et hier, tu lui as reprise. Il te l’a presque tendue sur un plateau, puisqu’il s’est installé au bar qui jouxte celui où tu étais. Tu as saisi ta caméra, quitte à te faire voir, quitte à en crever, quitte à être vu par lui et les deux amis avec qui il boit un verre. Tu t’en fous. Tu as perdu toute contenance, toute retenue : tu le filmes. Tu as une minute quarante-cinq de son visage qui rit, s’assombrit, qui te voit. Tu as juste le temps de ranger l’appareil. Il sait où tu habites. Tu lui tends sur un plateau, à ton tour, l’argument du harcèlement… devant témoins. Tu t’en fiches. Tu t’enfonces. Ces images sont à toi, tant que tu en fais un usage privé, c’est ta litanie perpétuelle, qui se fendille, tu ne fais de mal qu’à toi-même. Le Samedi, à l’hypothèse par lui émise d’un livre de toi, il t’a fait entendre qu’il gagnerait. Tu lui as dit que ça se plaidait et il avait eu son sourire mauvais. Il gagnerait. Il gagnera. Il a déjà gagné.

Tu t’es précipité chez toi, pour shooter, de ta cassette mini-DV à ta Memory stick pas moins de sept cent quatre-vingt photos, images par image, tirées de ta minute quarante cinq de film.

Au moment de transférer les images sur ton ordinateur avant de les graver et de les mettre au coffre, à la banque, ton Mac G4 plantera, effaçant toute trace de ton forfait. Son visage magnifique qui souriait, à vingt mètres de toi, en gros plan et au zoom, en pleine lumière du jour : perdu. A jamais.

Tu te tortilles encore de douleur sur la moquette de ton salon.

15.7.09 17:55


Bonjour,

ce blog tirant à sa fin, j'annonce ici qu'il sera bientôt fermé.

Un livre devrait voir le jour, version corrigée, remaniée et restructurée de ce que vous avez lu ici-même, dans quelques mois. Je l'espère.

 

 

Certains auront déjà noté que quelques notes auront été supprimées. Je l'ai fait pour des raisons évidentes de sécurité (juridiques, personnelles), Internet générant des fantasmes qu'un livre ne provoque pas ou moins.

Encore une fois, je reste effaré de la naïveté confondante avec laquelle certains lecteurs piochent et régurgitent, à leur sauce, les informations qu'ils auront découverts ici. Par exemple, achever de donner les informations que je ne donne pas pour retrouver/traquer (à leurs seuls avantages, et lesquels!) les personnes, les fonctions ou les lieux réels qui se cachent derrière les pseudos que j'ai choisis et les silences volontaires qui les accompagnent.

Elles ne peuvent pourtant s'abriter derrière l'argument spécieux que ce qui est écrit ici est "public"… puisque n'est public, précisément, que ce que j'ai écrit et pas ce qu'ils disent, nomment, devinent, croient deviner, fantasment et  ressortent, déformé, transformé et (surtout) parachevé. Ce qu'ils disent ainsi, nomment, devinent, croient deviner, fantasment et ressortent leur appartient à eux, pas à moi. Ce ne sont ni mes propos ni  mes intentions et, encore moins, la réalité de ce qui est écrit.

Ce qui est écrit ici est la matière et la substance réelle de ce que le narrateur a vécu, vu, entendu. Tous les propos et évènements relatés ici sont réels, mais pas les noms. C'est élémentaire mais il reste épuisant de devoir le rappeler sans cesse et de devoir encore dénier lorsque j'entends les noms réels des protagonistes ressortir ici ou là en tenant pour évident que tout le monde aura compris et que, de surcroît, c'est moi qui les aurais donnés. C'est faux. Que ceux qui nomment se reconnaissent comme seuls responsables de leurs propos: je suis clair comme du cristal de roche avec ma propre responsabilité.

En outre, et paradoxalement, j'aurais tendance à "excuser" davantage la malveillance, quand elle est assumée, car à cette dernière, on peut répondre par les poings ou un rendez-vous au fleuret sur le champ à six heures du matin: chose impossible avec les naïfs (ils sont plus nombreux) qui tombent des nues quand on leur signifie leur bêtise.

Pour toutes ces raisons, ce blog verra sa fermeture et sa suppression très bientôt.

… mais aussi parce que sa version définitive est proche et ressortira, publié, dans le livre prévu.

Il reste cependant quelques notes supplémentaires qui devraient s'afficher ici dans les semaines qui viennent. Je vous invite à la patience.

 

 

Bonne fin de lecture à tous et merci de votre (silencieux) soutien.

7.5.09 11:55


Bajuk perdu

 

Tu sais ce que tu cherches, en fait.

Ce n’est pas une explication.

Ce n’est pas l’explication que tu cherches, celle qu’il te doit et que tu n’auras jamais.

C’est une image, son image.

Mais plus que son image, tu la voudrais comme au temps d’avant, donnée spontanément, de lui-même, avec son sourire, du temps de l’innocence perdue.

Tu voudrais qu’il te l’offre. Tu voudrais qu’il se donne, qu’il s’offre.

Tu n’as qu’une seule image de lui donnée de son plein gré, et qui lui ressemble. Une seule. Tout le monde ne le reconnaît pas, d’ailleurs (tant son visage est changeant), mais toi, tu le reconnais, en cherchant bien. Et c’est cette même image, ce don, que tu cherches.

Et ça, ce n’est plus possible.

Puisqu’il te hait.

Et qu’il veut ta mort.

 

 

 

Sur le sang de sa famille massacrée à Srebrenica.

 

6.5.09 14:05


Rendre gorge

Tu es resté longtemps prostré sur l’asphalte après Bajuk, peut-être une demie heure. Tu ne te souviens plus très bien, il faisait noir. Tu te souviens que tu avais mal, que tu avais froid. Tu as eu du mal à te relever. Tu as essayé une première fois et n’y es pas parvenu. Puis une deuxième, sans plus de succès. Tu as finalement choisi de rester là, allongé. Tu aurais pu espérer de l’aide, que quelqu’un passe mais finalement tu préférais rester seul et sans témoin. Tu ne souhaitais pas qu’on te voie là, comme ça. Je pense que tu aurais eu honte, honte de toi, là, étendu, à trembler. Ça ne s’est pas arrêté là. Tu tremblais. Plus tard, avec des professionnels de santé, tu mettras le mot de convulsions sur ton symptôme : un tremblement incontrôlé de l’ensemble du corps, une incapacité à te mouvoir correctement, à te lever, à marcher, à parler. La prochaine fois que tu auras ces convulsions, ce sera le samedi matin du retour de ce festival dans le sud et la fois suivante, le jour de ses menaces, le premier octobre, à dix-neuf heures cinq. Pour l’heure, tu trembles sur le bitume, dans l’obscurité et tu ne sais pas si tu trouves ça agréable ou non. Tu penses encore que c’est l’émotion qui te submerge et, d’un certain côté, c’est objectivement le cas : tu es submergé. Mais c’est presque un plaisir. Tu avais sorti ton sexe de ton pantalon mais tu n’avais pu te masturber en le suçant, tellement il monopolisait tous tes gestes. Maintenant que tu es seul et qu’il vient de partir, maintenant seulement, tu peux essayer, tu dois le faire, pendant que les dernières ondes de chaleur qui te parcourent les joues et le corps te rappellent son contact. Tu as essayé de te redresser un peu, en espérant voir sa silhouette s’éloigner sur le pont, en contrebas, et espérer jouir en le voyant et te rappelant ses mains sur toi. Tu as les joues en feu, la gorge aussi. Ce goût de sang. Tu as mal ici. Et là aussi. Tu ne parviens pas à te masturber, recroquevillé, en biais, le sexe juste au dehors de ta braguette et te convulsant. Tu ne bandes même pas. Comme les tremblements ne s’arrêtent pas et qu’ils vont même en augmentant parfois (tu fais des ruades de poney) tu te portes un premier coup au visage. Puis un deuxième. Des petits glapissements de lapereau s’échappent de ta gorge qui te brûle. Tu te gifles. De plus en plus fort. C’est la seule chose qui te rappelle son corps. Il n’est pas sur le pont. Il est déjà bien loin. A qui parlait-il en riant au téléphone ? Tu frappes à nouveau. N’as-tu pas cru entendre quelque chose ? Tu n’es pas certain. Tu frappes. Tu geins. Tu trembles. Tu as ce mauvais goût ferreux dans la bouche et elle est sèche ; la capote est dans tes mains. « Ça y est, c’est fait. » Tu gifles encore et encore. « Ça y est, c’est fait. » Tu n’es pas sûr du « C’est fait » en revanche, tu te convaincs sans mal de ce « Ça y est. » Et tu ne comprends pas ce que ça veut dire. Tu as tellement peur maintenant. Cette terreur qui te maintiens te tordant au sol comme un ver polychète remonte à tellement loin, à des souvenirs si anciens que tu es épouvanté qu’ils soient à ce point indélébiles qu’ils remontent à ta surface avec une telle netteté : cet abandon, ce sentiment objectif que tu n’as jamais été aimé, que tu n’as jamais connu d’amour, ni de ton père, encore moins de ta mère, de ta sœur, de toute ta famille... puis tous ces amants, plus ou moins de passage, tous ceux qui t’ont dit « non » et, le plus souvent même, ne t’ont rien dit du tout. Alors tu frappes, tu frappes et tu frappes de plus belle. Tu ne sais pas pourquoi. Si c’est pour chasser la douleur et les tremblements qui ne cessent pas ou bien réactiver la seule chose que tu as connu du corps des autres : la violence et les coups. Et puis c’est toujours mieux que le déni. Tout comme tu accepteras mieux les menaces futures de Bajuk que sa totale indifférence à ton égard, son mépris ; au moins, en voulant ta peau, il veut encore la toucher. Et tu acceptes. Tu acceptes mieux qu’il entre une lame dans ton ventre pour t’ouvrir les tripes que l’absence d’un seul de ses coups de fil, comme ce soir, pour te dire qu’il ne sera pas là et qu’il s’excuse. Tu acceptes qu’il te frappe parce que c’est au moins un contact avec ses mains, ses mains épaisses, ces grosses mains de militaire. Tu te mets à pleurer. Ce sont des sanglots entrecoupés de hoquets. Ils sortent à peine et mal de tes yeux comme tes gémissements de ta bouche car tu respires mal entre deux hoquets et deux ruades au sol. Après une demie heure, tu parviens à ramper le long des chemins du Jardin, jusqu’au sommet. Sur les remparts, tu parviens à t’y tenir pour revenir vers chez toi ; tu as toujours sa capote vide entre les doigts. Tu pourrais la garder, ça te ferait un souvenir mais elle est vide, il n’a même pas joui. S’il ne jouit plus en te cognant et en t’insultant, que restera-t-il de vous ? Tes sanglots redoublent. Tu es seul sur le rempart. Personne ne te voit convulser. Tu crois que ça se lit sur ton visage, à ce point, le déni de Bajuk, après ses derniers coups. Tu n’arrives pas à t’en convaincre. Tu sais bien que c’est terminé. Et depuis longtemps. « Ça y est, c’est fait. »  Mais non. Toi, tu entends ses mots vides, hypocrites, méprisants : « je serai là dimanche prochain, pour toi. » Il ne sera pas là mais tu veux le croire. Au fond de toi et qui te fait pleurer, tu sais bien que c’est fini. Est-ce que ça a seulement déjà commencé, encore ? C’est peut-être pour ça que tu te frappes, si on te voyait, pauvre tapette, tu te frappes de tes petits poings de fiotte pathétique, pour qu’il sorte de ta tête, de ta peau, de ta vie.

Dans ton miroir, chez toi, tu ausculteras le fond de ta gorge. Tu as mal, elle est en sang. La violence de ces coups de reins, sa queue raide dans ta bouche a ouvert la muqueuse. Ce goût de fer, le feu de la luette, le tampon de coton rougi par ce jus de cerise, étoilé, tu serres la capote dans ta main.

5.5.09 11:52


(...)

L'amie slave me dit: "il y a de quoi devenir parano".

Ma psychologue me dit que je ne lui suis pas.

Il n'y a pas de "complot" (contre moi). Je le sais. L'incompétence, le laxisme et la bêtise suffisent amplement à expliquer avec quelle légèreté mon affaire est traitée.

Je veux croire en la Justice de ce pays. Je veux croire en sa Police.

Je n'y crois plus.

En revanche et en haut lieu il n'y a pas l'ombre d'un doute que règne (c'est le mot) la conspiration du silence: les gens placées que je connais se détournent de moi les unes après les autres, se gourmandent entre elles de cette histoire mais se taisent à mon arrivée. Les informations circulent entre parvenus politiques, au coeur de cette franc-maçonnerie d'intérêts communs. La loge des Pédés du Placard baise des culs de bouc.

J'ai connu des gens de Droite qui avaient infiniment plus de classe et d'éthique que ces champions autoproclamés de la redistribution et de la solidarité. Solidaires? Oui: entre gauchistes de caste. Je les hais. Phraséologie, rhétorique de faux-culs, pipeau, chanson. Ils m'apprennent, dans ce pince-fesses doctrinaire qui est le tout-à-l'égoût et le siphon d'évacuation de la pensée socialiste, qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura jamais d'ascenseur social pour les déclassés, ceux-là même qui furent leur cœur de cible et qu'ils ont abandonnés.

Mon amie slave tempère toutefois: le Prince est-il réellement responsable de ce qui m'est arrivé? Non, pas directement. Mais en tant que représentant politique et élu du peuple, je l'estime idéologiquement responsable d'avoir ramené ici-bas un loup incontrôlable, profiteur, et de l'avoir lâché en pleine nature. Combien de victimes ce scud kosovar a-t-il faites?

Bajuk, pute des Balkans, gigolo venu ici pour la liberté de consommation, des biens, des gens, petite frappe collatérale. L'Occident comme supermarché, l'Europe comme self-service de la repentance: machine à entériner l'ultra-libéralisme comportemental défendue par une propagande à double tranchants (social-démocratis vs sécurité ). Je n'ai jamais signé ni voté pour être un consommable, le sex-toy jetable d'une victime de guerre reconnue comme Citoyen Idéal de la République des Bien Pensants, la récompense et le repos mérité, qui aura l'heur d'endosser ce rôle en silence, d'un survivant de charnier qui croit que le statut de réfugié lui permet tout. A l'Ouest, rien de nouveau.

Cette histoire se passe ici, dans une petite ville de province française. Nous sommes en 2009.

2.5.09 01:17


« … je jure sur le sang de ma famille… »

« … je jure sur le sang de ma famille… »

« … par des connards comme toi… »

« … tu vas regretter de me connaître… »

« … je jure sur le sang de ma famille… »

« … que, tu sais ma famille… »

« … par des connards comme toi… »

« Espèce de con. »

« … massacrée à Srebrenica… »

« … tu vas regretter de me connaître… »

« … massacrée… »

« Tu ne vas pas t'en sortir comme ça... »

« … je jure sur le sang de ma famille… »

« … je jure sur le sang de ma famille… »

« … des connards comme toi… »

« Espèce de con. »

 

 

 

« … je jure sur le sang de ma famille que, tu sais ma famille elle a été massacrée à Srebrenica… par des connards comme toi… Tu ne vas pas t'en sortir comme ça, tu vas regretter de me connaître… T’es mort. T’es mort. Espèce de con. »

30.4.09 21:18


sans suites (2)

Posé le 30 janvier 2009 à l’Hôtel de Police d’Angoulême, ma plainte pour « violences volontaires, mise en danger de la vie d’autrui » contre Pinochou a été classée « sans suites ».

Le mis en cause a nié les faits.

Je précise à l’enquêteur que Pinochou déclara devant témoins assermentés, en plein hall de police, qu’il avait « manqué » me « rouler dessus ». Lors de mon dépôt de plainte, l’agent qui avait pris nos mains courantes respectives me déclara à son tour que Pinochou lui avait avoué qu’en partant de l’endroit où nous nous étions accrochés tous les deux il m’avait « bousculé » avec sa voiture.

L’enquêteur considère cette information comme nouvelle. Il s’étonne que je ne la donne que maintenant.

Je lui dis qu’elle n’a rien de nouveau, qu’elle est mentionnée dans ma plainte. Noir sur blanc. Avec le nom de l’agent. Il ne répond rien, se contente de dire avec morgue qu’il va « rouvrir le dossier » et « auditionner » l’agent assermenté. Je lui demande comment il a pu passer à côté d’une telle information. Je lui dis que ma plainte a déjà trois mois et que le pauvre agent n’aura peut-être plus la mémoire aussi fraîche pour un mot, fut-il capital (pour l'affaire, pour moi), lâché du bout des lèvres une nuit de janvier dans le hall du commissariat. L’enquêteur essaie de me prendre en défaut en me rappelant encore une fois que je n’ai pas déclaré avoir été blessé lors de ma main courante. Je lui dis que je m’attendais à cette remarque à laquelle je lui ai déjà apporté une réponse : je n’ai eu mal au flanc que le lendemain matin. Je lui répète même que je trouve sa question totalement déplacée et qu’il n’y a rien d’exceptionnel à ce que des fractures se révèlent douloureuses seulement le lendemain de leur apparition, que toutes les personnes consultées sur cette question ne trouvent rien d’extraordinaire à ça. Il marmonne que c’est possible. Il ajoute qu’il va bien « auditionner » l’agent, puisque viennent se greffer à ma plainte ces nouveaux faits… J’insiste encore sur le fait qu’ils n’ont rien de neufs, qu’ils sont écrits noir sur blanc dans le libellé de ma plainte. Pinochou a déclaré : « vous vous rendez compte, il s’est mis devant ma voiture et j’ai manqué lui rouler dessus ! ». L'enquêteur n'apprécie guère d'être ainsi contredit. Malgré l’évidence, et sans doute à cause d'elle, il se met en colère, me dit qu’il n’a pas « que ça à faire », qu’il va auditionner l’agent et puis baste. Je lui réponds que moi aussi je n’ai pas que « ça à faire », que cette histoire traîne depuis plus de sept mois, que j'en ai plus qu'assez. Il persifle: « Nous sommes d’accord, Monsieur, nous n’avons pas que ça à faire tous les deux » et me raccroche au nez.

Deux jours plus tard, je redépose dans une main courante, qui doit être jointe au dossier, une confirmation de propos tenus et entendus par l’agent assermenté. J’apprends à l’occasion que ce dernier est en vacances.

30.4.09 13:42


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